Invité de l'édition 2009 du salon InCosmetics, du 21 au 23 avril à Munich (Allemagne), L'Oréal à présenté lors d'une conférence de presse l'apport des nouveaux outils de biologie moléculaire regroupés sous le terme « omique».
Les résultats impressionnants obtenus grâce à la transcriptomique et à la protéomique pour caractériser l'état physiologique d'une peau démontrent que ces techniques représentent l'avenir de la recherche en cosmétique.
Omique : de quoi s'agit-il ?
Commençons par une définition de -omique. Il s'agit d'un néologisme qui vient de l'anglais -omics, créé à l'origine pour désigner l'étude globale et simultanée du génome. La génomique est donc l'étude de tous les gènes qui sont les éléments contenant l'information génétique des cellules portés par l'ADN. Par la suite, les bioinformaticiens et biologistes ont utilisé ce néologisme pour parler de l'étude des ARN messagers ou transcripts (intermédiaires entre les gènes et les protéines) dans leur totalité, il s'agit de la transcriptomique, ou de celle des protéines, il s'agit alors de la protéomique.
Depuis plus de dix ans déjà, L'Oréal s'est lancé dans la découverte des gènes impliqué dans la beauté en s'équipant de ces outils « omique » qui allient biologie moléculaire, informatique et robotique.
Les chercheurs travaillent soit sur du matériel cutané provenant de volontaires, soit sur des peaux reconstruites, jeunes ou âgées, qui reproduisent parfaitement les différentes conditions auxquelles peut être soumise notre peau au quotidien : peau sèche, peau grasse, peau agressée par le soleil ou des stress mécaniques.
Une signature moléculaire indique l'état de la peau au-delà de son apparence
Une signature moléculaire indique l'état de la peau au-delà de son apparence
Imaginons deux peaux dont l'apparence est identique : squameuse. L'une de ces peaux peut être une peau vieillie et l'autre, une peau soumise à un phénomène inflammatoire. Deux causes totalement différentes qui nécessiteront d'être traitées par des approches cosmétiques différentes même si les conséquences sont similaires.
Aussi, pour trouver le traitement adéquat, il est essentiel de comprendre l'origine des propriétés de la peau et se poser des questions telles que : à quoi est dû le vieillissement de la peau ? A quoi est dû l'état gras de la peau ?
Pour répondre à ces questions, les chercheurs étudient le comportement des cellules de la peau. L'épiderme, le compartiment superficiel de la peau, est constitué de plusieurs couches de cellules appelées kératinocytes. Quand la peau est agressée par un stress mécanique, une éraflure par exemple, les kératinocytes vont réagir pour réparer les dommages subis. Ainsi, dans le noyau de ces cellules, les gènes de réparation vont se mobiliser et produire des ARNs messagers (les transcripts) qui vont ensuite fournir les protéines nécessaires pour reconstruire l'épiderme abîmé. De premières études de transcriptomique (pour rappel : étude de tous les ARNs messagers produits lors de l'agression) réalisées sur des peaux jeunes et âgées ont montré qu'une peau âgée se réparent différemment d'une peau jeune. Si certains gènes mobilisés sont communs aux peaux jeunes et aux peaux âgées, il y en d'autres qui sont spécifiques soit des peaux jeunes, soit des peaux âgées. La peau âgée se répare plus lentement que la peau jeune (on s'en rend compte en vieillissant mais avec cette technique on en a la preuve) : l'activation des gènes de réparation dans une peau jeune est observée dès 6 heures après l'agression et seulement après 30h dans une peau âgée.
D'une manière générale, toute étude de transcriptomique réalisée sur une peau dans un état spécifique donne des indications très précises non seulement sur l'identité des gènes exprimés ou réprimés mais aussi sur le niveau d'activation et de répression de ces gènes puisque la quantité de transcripts est mesurée. Ces résultats représentent la signature moléculaire de la peau étudiée.
Une autre façon d'étudier l'état de la peau et en particulier de la couche cornée se fait grâce à la protéomique, technique qui permet d'étudier toutes les protéines présentes sur une peau particulière. Les chercheurs de L'Oréal ont identifié 700 protéines dont 80% non encore décrites dans la couche cornée et 30 % non décrites dans l'épiderme. Ces résultats novateurs ont fait l'objet de nombreux brevets. De plus, ils ont montré qu'il existe des signatures protéiques caractéristiques des peaux jeunes et des peaux âgées.
Une cosmétique basée sur les preuves
Pour Jacques Leclaire, Directeur des laboratoires des Sciences du Vivant de L'Oréal, « la transcriptomique et la protéomique associent de véritables codes-barres à l'état de la peau, qu'elle soit jeune ou âgée. Ce diagnostic de surface permettra d'adapter l'approche cosmétique à l'effet choisi ».
Dans la mesure où ces techniques « omique » s'intéressent sans a priori et dans leur totalité aux transcripts et aux protéines, toute découverte de nouvelle cible moléculaire est possible. De plus, l'intérêt pour la recherche de nouveaux principes actifs est évident. Place à l'innovation avec des produits qui contiendront des molécules capables de modifier spécifiquement un état défini de la peau ou de s'adapter à des signatures particulières. La cosmétique sur mesure est probablement déjà plus qu'un concept.
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